Le nouveau gouvernement français divise la droite et déçoit la gauche

La France a un nouveau gouvernement. Depuis 15h cet après-midi, et avec un jour de retard sur le planing initialement annoncé, une équipe gouvernementale paritaire (autant d’hommes que de femmes) est censée mener la politique nationale et internationale française, du moins jusqu’aux élections législatives de juin. Des personnalités de droite, de gauche, des libéraux, des membres de la société civile… Le panel iconoclaste ne manque pas de susciter des remous dans la classe politique du pays.

Sans surprise, les macronistes de la première heure, comme Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, se sont réjouis d’un gouvernement « rassemblant des personnalités issues de toutes sensibilités. »

Du côté du monde de l’entreprise, la réaction ne s’est pas fait attendre, puisque Pierre Gattaz, le président du syndicat des patrons, le Médef, a posté une vidéo sur Twitter : « J’adresse toutes mes félicitations à la nouvelle équipe gouvernementale et au Premier ministre Edouard Philippe. Nous devons maintenant nous mettre au travail, et vite pour donner un signal clair et puissant à tous les Français et aux investisseurs mondiaux. » Appelant à des réformes repoussées selon lui depuis trop longtemps, le patron des patrons conclut : « Le Médef sera un partenaire constructif et exigeant. Nous travaillerons loyalement avec notre gouvernement (…) Vive les entreprises, vive l’Europe et vive la France. »

 « Les membres des Républicains nommés au gouvernement ne font plus partie de LR »

L’ancien ministre Les Républicains Xavier Bertrand, qui avait refusé de se rallier à Emmanuel Macron après son arrivée à l’Elysée, a lui aussi été l’un des premiers à réagir. Par tweet, il adresse ses « Félicitations Républicaines au nouveau gouvernement. Tous mes vœux de réussite, pour la France. » Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, dans le nord de la France, a aussi salué la nomination de son ami et maire de Tourcoing (Nord) Gérald Darmanin, à l’Action et aux comptes publics.

Face aux «désertions», la droite tente de faire bloc autour de Baroin 18/05/2017 – par Julien Chavanne Écouter

D’autres membres du parti Les Républicains ont également salué l’annonce de ce nouveau gouvernement. L’ancien président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et maire de Nice, Christian Estrosi, qui avait appelé à accepter la main tendue à la droite par Emmanuel Macron s’est ainsi réjoui dans un tweet : « C’est une fierté pour Nice que la présidente de l’Université de Nice soit nommée ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Félicitations à Frédérique Vidal »

Depuis sa mairie de Bordeaux, le candidat déçu à la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé a quant à lui refusé de commenter la nomination de ce nouveau gouvernement – un nouveau gouvernement où l’on compte un seul juppéiste : le Premier ministre Edouard Phillippe.

Ainsi, ces nominations ne font pas l’unanimité chez Les Républicains, loin de là. Le sarkozyste chargé de mener la campagne de la droite aux législatives François Baroin, opposé à une alliance avec Emmanuel Macron, « regrette » que les membres de son parti Gérald Darmanin et Bruno Le Maire acceptent des postes ministériels.

En réaction à ces nominations, le secrétaire général du parti, Bernard Accoyer, est allé plus loin, et a annoncé que « les membres des Républicains nommés au gouvernement ne font plus partie de LR. » Il ajoute dans un communiqué : « Ils font le choix personnel de faire campagne avec le Premier ministre en faveur des candidats d’En marche contre nos candidats LR-UDI. »

A gauche, des déçus et des doutes

Dans les rangs des déçus, on compte aussi Ségolène Royal. La ministre de l’Ecologie, qui était pressentie pour faire partie du nouveau gouvernement, a déclaré à BFM TV : « Je pense que je vais créer mon entreprise, passer des discours aux actes […] J’ai toujours pensé qu’il y avait une réconciliation possible entre la création d’emplois et la protection de l’environnement. » L’actuelle présidente de la COP21 (la conférence de Paris pour le climat de 2016) a conclu en annonçant que son entreprise officierait dans « le domaine de la croissance verte et de la finance verte ».

Le député socialiste de Marseille Patrick Menucci a quant à lui qualifié ce nouveau gouvernement d’ « affiche électorale ». S’il reconnaît que des noms sont « intéressants », il reproche à Emmanuel Macron de vouloir « balayer tout l’arc républicain » en vue d’accumuler des soutiens pour les législatives de juin.

Sur l’aile gauche du PS, ce nouveau gouvernement a été vivement critiqué. Ainsi la députée des Hautes-Alpes Karine Berger, qui avait soutenu le candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon, a déploré la nomination à Bercy de Bruno Le Maire et celle de Gérald Darmanin : « La droite, toute la droite, rien que la droite ».

Alexis Corbière, le porte-parole du candidat d’extrême gauche à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a lui aussi critiqué la nomination d’hommes de droite et de libéraux dans le gouvernement, sur le plateau de BFM TV : « Un Premier ministre de droite, un libéral à Bercy, un sarkozyste aux comptes publics ». Et aux autres postes ministériels selon lui : « Des gens très conformes à la construction libérale de l’Europe. »

Le responsable de la France insoumise, arrivé quatrième au premier tour de l’élection présidentielle, a estimé que « ce sont des noms que l’on connaît » et qu’Emmanuel Macron « est plutôt en marche arrière », en référence au nom du mouvement du nouveau président de la République.

Questionnements autour de Nicolas Hulot

Alexis Corbière s’est toutefois interrogé sur la nomination de l’ancien présentateur télé et défenseur médiatisé de la cause écologiste, Nicolas Hulot, pour lequel il a déclaré avoir « énormément de respect » : « Soit il renoncera à ses convictions, soit il renoncera à son poste. »

Même son de cloche chez le porte-parole du parti Europe-Ecologie-Les Verts, Julien Bayou. Ce dernier s’interroge : « J’applaudis quand l’écologie progresse. La question reste de savoir si c’est une prise de guerre ou si ça marque une orientation du quinquennat. », a-t-il déclaré à BFM TV. Et de conclure qu’il sera difficile pour Nicolas Hulot de défendre ses convictions face à un président qui « n’a jamais parlé d’écologie » pendant la campagne présidentielle, ou face à un Premier ministre « anti-écologiste », car défenseur des énergies nucléaires et carbonifères.

Sur son compte Facebook, Nicolas Hulot a annoncé sa démission de la présidence de la fondation écologiste qui porte son nom, affirmant « Ceux qui me connaissent savent qu’être ministre n’est pas pour moi un objectif en soi. Je pèse toutes les implications de cette décision. Cependant, j’ai l’intention, sans en avoir la certitude que la donne politique ouvre une nouvelle opportunité d’action que je ne peux pas ignorer. »

Entre « recomposition » et « incompétence »

Profitant de ce « contexte de recomposition politique », des sénateurs radicaux appellent à une recomposition de leur famille politique, divisée depuis les années 1970. Réunis à l’initiative de Jacques Mézard, le président du groupe des radicaux au Sénat et nouveau ministre de l’Agriculture, ces sénateurs ont échangé sur la situation politique et « ont décidé de prendre toute leur part dans la réunification de la famille radicale déjà amorcée par le Parti radical de gauche et le Parti radical », expliquent-ils dans un communiqué.

Enfin, à l’extrême droite, ces nominations apparaissent comme une suite dans la continuité : « En recasant de nombreuses anciennes gloires de la vie politique, issues des vieilles droite et gauche, le gouvernement Macron confirme que le système UMPS est aux manettes », peut-on lire dans un communiqué du Front national. Pour le parti de Marine Le Pen, candidate déçue du second tour de l’élection présidentielle, des personnalités comme Bruno Le Maire, François Bayrou ou Jean-Yves Le Drian, ont « déjà largement fait preuve de leur incompétence » par le passé.

Rfi