France : François Fillon, l’élu qui laboure toutes les terres de droite.

Déjouant tous les pronostics, François Fillon a remporté le 20 novembre le premier tour de la primaire de la droite à laquelle des électeurs de courants différents ont participé. Décryptage de l’électorat qui a porté le Sarthois à la victoire.

Il a tracé son sillon « calmement, sérieusement », dit-il. Au soir du premier tour de la primaire de la droite et du centre, François Fillon a récolté le fruit d’un long travail de campagne qui a commencé le 8 mai 2013 pour en goûter la saveur dimanche 20 novembre. Trois ans à arpenter la France et répandre son libéralisme économique teinté de conservatisme social sur les terres françaises.

Du grand ouest catholique au sud-est réactionnaire, en passant par les diagonales des contrées ouvrières et rurales, les électeurs français ont vu dans la candidature de ce provincial toujours « droit dans ses bottes » comme il aime le rappeler, l’homme providentiel. Devant ses rivaux dans 87 départements, le besogneux, jugé trop austère et pas assez charismatique, a réussi l’exploit de gagner le cœur de plusieurs droites qui n’ont pas grand chose en commun.

François Fillon a d’abord su capter les voix de l’électorat traditionnel de la droite, courant le plus puissant qui réclame des réformes en rupture avec la politique qu’a menée François Hollande. Son positionnement très libéral, avec la double promesse d’une forte réduction du nombre de fonctionnaires et d’une baisse importante de la dépense publique, a incontestablement séduit la base.

François Fillon pour tous

Le Sarthois a également su trouver un soutien de poids auprès de l’électorat catholique. Clairement positionné contre le mariage pour tous, l’ancien Premier ministre a su fédérer les catholiques réfractaires au mariage homosexuel mobilisés autour de la Manif pour tous et de Sens commun, mouvement politique crée au sein du parti Les Républicains qui a rejoint sa campagne dès la fin août 2016.

Sa porte-parole, Madeleine de Jessey, n’a d’ailleurs pas ménagé sa peine lors des derniers meetings. « L’électorat catholique s’est retrouvé dans l’image du père de famille nombreuse qui incarne les valeurs de la famille traditionnelle française », explique Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof,  le Centre de recherches politiques de Sciences Po, à France 24.

Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde, va plus loin en considérant que toute « la dynamique Fillon s’inscrit dans le prolongement de La Manif pour tous. Une partie du peuple de droite a envie de s’exprimer fortement, de prendre sa revanche sur la gauche, d’affirmer ses valeurs face à la gauche. »

Pas question que François Fillon ne devienne pour autant l’apôtre de la cause catholique. En habile équilibriste, il a préféré laissé ce rôle à Jean-Frédéric Poisson. Un habile calcul quand on voit le maigre petit pourcentage que l’élu du parti chrétien démocrate a recueilli au premier tour du scrutin (1,5 %). « Il n’est pas un catholique identitaire, rappelle Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et fidèle soutien de François Fillon. Il ne brandit pas sa foi de manière électoraliste. » Une pique à peine masquée adressée à Alain Juppé qui, trois jours avant le premier tour, a envoyé une lettre aux catholiques français.

À droite toute !

Un électorat catholique donc, mais pas seulement. « Curieusement, François Fillon a su combiner le vote de la droite catholique traditionnelle tout en séduisant la droite de la droite, celle des sarkozystes, flirtant avec le FN, sensibles aux questions identitaires, juge Bruno Cautrès. Il a su incarner le visage de l’autorité en prônant le rétablissement de l’ordre, le contrôle aux frontières, la régulation de l’immigration, l’identité nationale. »

Une bien mauvaise nouvelle pour le Front national qui aurait certainement préféré voir Alain Juppé remporter cette primaire. « Très clairement, la candidature de François Fillon met Marine Le Pen en difficulté, note encore le chercheur. Le Front national ne va certainement pas avoir du mal à se qualifier au second tour de la présidentielle. Mais il lui sera compliqué de ravir la victoire finale face à un François Fillon qui bénéficiera d’un solide soutien du camp de la droite. Car il ne va pas y avoir d’éparpillement des voix. »

La France des « taiseux »

Durant sa campagne, François Fillon n’a pas voulu oublier la France rurale, celle dont on ne parle pas. Dimanche, ces derniers ne l’ont pas oublié. Dans les jours qui viennent, « il faudra décortiquer de près l’électorat filloniste, mais nul doute qu’on y trouvera cette France des ‘taiseux’, qui ancre son identité dans la terre, explique Jérôme Cordelier dans un article du Point.fr, paru lundi (…) Une France rurale – ce qui ne veut pas dire nostalgique, voire pétainiste, funeste appréciation – ou plutôt une France des territoires, souvent plus innovante que la capitale, qui se méfie comme d’une guigne des effets de mode, des mouvements de balancier médiatique et des hommes providentiels autoproclamés. Cette France provinciale, comme l’on disait jadis, que l’on juge ringarde à Paris (…) mais dont le pouvoir d’influence, scrutin après scrutin, sondage après sondage », ne cesse de démentir.

Fillon a donc semble-t-il su incarner toutes ces France. Alain Garrigou, professeur en sciences politiques à l’Université de Paris Ouest, appelle toutefois à la prudence. « Le programme de sa candidature attrape-tout qui a su concilier les contraires a surement joué une part non-négligeable dans sa victoire mais pas autant que les sondages, souligne le professeur à France 24. Fillon a surtout gagné sur des considérations tactiques d’électeurs-stratèges qui ont voulu désigner celui qui serait le plus à même de s’opposer à la gauche et l’extrême-droite ».

Ironie du sort, l’outsider qui a tant dénigré les sondages lors de sa campagne, se retrouve aujourd’hui en position de grand favori de tous les instituts. Reste donc à savoir si les électeurs conserveront la même tactique au second tour.

France24