Guinée : Formation professionnelle, le Ministre Albert Damana Camara parle des mesures d’accompagnement du gouvernement.

Dans une interview qu’il nous a accordé ce vendredi, 06 octobre 2016, le Ministre de l’enseignement technique, de la formation professionnelle, de l’emploi et de travail, Albert Damanta CAMARA a évoqué les causes qui font qu’aujourd’hui la Guinée est en manque de main d’œuvre qualifiée. Il a également parlé de la politique que le gouvernement guinéen, à travers de son département est entrain de mettre en place pour relever ce défi. lisez l’intégralité de cette interview exclusive.

Bcmedia.org : Bonjour Monsieur le Ministre, depuis plus de 5 ans vous êtes à la tête de ce département. Dites-nous dans quel état des lieux vous avez trouvé ce département ?

Nous avons trouvé un département à l’image d’un pays, avec très peu d’infrastructures  qui répondaient aux normes, des programmes de formation dépassés, un manque criard d’enseignants et pas de matière d’œuvre pour permettre aux étudiants de mettre en pratique les cours théoriques qu’on leur dispensait avec une désorganisation totale et une gouvernance qui ne permettait pas d’assurer des critères de transparence et de performance. Donc c’est avec toutes ces tares, tous ces dysfonctionnements qu’il fallait s’attaquer.

Bcmedia.org : Alors quelles sont les réformes que vous avez engagées depuis votre arrivée ?

Parallèlement à ces conseils, il fallait  faire le nécessaire pour que d’abord, on augmente la capacité de l’enseignement technique  et de la formation professionnelle en Guinée. Il avait en tout, une cinquantaine d’établissements publics et environ 70 établissements privés qui ne suffissent pas la grande masse de jeunes qui ont besoin de compétences techniques et professionnelles pour affronter le défi de développement de la Guinée, il faut au moins le double de ça. Donc, nous avons engagé des démarches pour obtenir le financement de certaines écoles professionnelles. Aujourd’hui en tout, nous avons environ une douzaine d’écoles qui vont êtres disponibles d’ici fin 2018, fin 2019. Donc c’est très important, puisse qu’on sait que pendant 25 années qui nous ont précédées, il n’y a pas eu d’écoles nouvellement construites. Il fallait aussi réhabiliter les infrastructures en fonction du budget qui est assez serré actuellement. Depuis que nous sommes là, nous avons pu réhabiliter certain nombre d’écoles et nouer des partenariats pour accueillir des équipements pour celles qui n’en ont besoin. La coopération que nous avons également avec le Maroc et la France nous permet de mettre à jour nos programmes pour former les  futurs formateurs que nous avons recrutés sur le budget national et de revoir la gouvernance du système, et cela aussi il y a eu beaucoup d’efforts qui ont été faits. Nous avons mis en place un système de gouvernance qui permet un meilleur contrôle des écoles, une meilleure redevabilité et être sûre que les allocations qui sont délivrées au niveau du ministère de budget, arrivent effectivement  aux écoles, même si  elles sont peu élevées, mais  au moins, elles arrivent au niveau des écoles, voilà un peu les réformes qui ont été faites et qui font que l’enseignement a un nouveau visage qui lui permet d’être plus performant et qui lui permet de se projeter vers l’avenir, en étant plus attractif. Nous avons multiplié par 5 les demandes d’entrée dans les écoles professionnelles, ce qui fait que nous avons réussi à combattre ce paradigme qui empêchait beaucoup de jeunes d’aller à l’enseignement professionnel et se consacrer plutôt à l’enseignement supérieur.

Bcmedia.org : Aujourd’hui, la Guinée est en manque de main d’œuvre qualifiée. Pour construire des routes ou des maisons, on fait toujours l’appel  à l’expertise des pays voisins, soit le Sénégal,soit la Côté d’Ivoire. Selon vous, qu’est-ce qui explique cet état de fait ?

C’était dû justement parce qu’on avait pas mis d’effort pour former les jeunes et pour communiquer. Une fois, vous avez des infrastructures intéressantes, des bons programmes de formation, des bons formateurs, il faut aussi faire de telle sorte que l’enseignement professionnel soit attractif, il faut que les jeunes aient l’envie d’y aller. Hors, on n’a toujours présenté comme dans beaucoup de pays  l’enseignement professionnel, comme étant l’enseignement où on va lorsqu’on a échoué dans  l’autre système. Nous avons changé cette vision de chose, on n’a fait savoir aux jeunes que ça pouvait être très valorisant d’apprendre un métier, ça permettait d’être autonome, ça permettait de se rendre directement employable et cela a marché. Donc  notre but, c’est de donner un nouveau visage à l’enseignement professionnel pour que beaucoup de jeunes y aillent et nous avons mis en place un système d’orientation avec l’enseignement supérieur pour que les orientations des jeunes se fassent de plus en plus vers les écoles de formations professionnelles. Ce qui devrait permettre de combler ce déficit en mains d’œuvre qualifiées. Mais nous avons également mis à contribution le secteur professionnel privé, pour leur dire qu’il n’est pas question qu’on continue à accepter en Guinée des travailleurs étrangers, même s’il y a des accords, qui permettent aux sénégalais, aux maliens, aux burkinabés ou aux ivoiriens de travailler en Guinée. Nous avons tout de même le devoir de privilégier un certain nombre d’emplois, pour les guinéens. Et donc, le code est clair là-dessus, tout poste occupé par un étranger, doit faire l’objet d’un plan dans lequel l’entreprise explique comment elle va former les jeunes guinéens pour qu’ils soient capables d’occuper ce poste là. Ce sont toutes ces mesures qui vont permettre au fur et à mesure de mettre à la disposition de main d’œuvres en quantité et en qualité pour le développement de  notre pays.

Bcmedia.org : Aujourd’hui, est-ce que nos écoles sont outillées pour assurer des formations de qualités ?

Il faut reconnaître que pas toutes, mais certaines d’entre elles, à peine une dizaine, ont ces équipements nécessaires pour la formation de qualité et tout ce que nous sommes entrain de mettre en place va permettre de mettre justement ces écoles à niveau. On espère d’ici  deux (2) ans on n’aura un grand nombre d’écoles qui répondront aux critères des écoles professionnelles modernes vers la qualification de métier.

Bcmedia.org : L’emploi des jeunes, est l’une de vos priorités. Dites-nous quelle est la politique que vous êtes entrain de mettre en place pour promouvoir l’emploi des jeunes en Guinée ?

Déjà c’est ce que nous sommes entrain de faire, cette requalification du système d’apprentissage du métier est un élément. Ensuite, il y a l’ensemble de la politique gouvernementale qui vise à attirer les investissements, qu’ils soient nationaux ou étrangers et mettre en place les projets de développement qui vont nécessiter de la main d’œuvre. Aujourd’hui vous avez les trois (3) grands projets dans la zone de Kakadé : SMB ; GUINEE  ALMINA CORPORATION ; extension de la CBG qui à l’échelle vont générer  entre 7.000 et 10.000 emplois, ça c’est déjà très intéressant. Vous avez les investissements qui sont réalisés notamment par le président de la République, dans le domaine de l’agriculture, avec la pisciculture, de l’élevage qui vont également générer beaucoup d’emplois, tout ça nécessite de la formation et d’accompagnement. Voilà des mesures concrètes qui sont là pour permettre aux jeunes d’êtres utiles à eux-mêmes et à leur pays. Mais tout ça ne peut pas se faire s’il n’y a pas un accompagnement et c’est pour quoi nous avons mis en place le réseau des maisons de l’emploi et des compétences, avec des conseillers pour accompagner les jeunes en conseil, en formation, en orientation pour leur dire, voici les secteurs porteurs, voilà comment vous pouvez y accéder en tant que salariés, voilà comment vous pouvez y accéder en tant qu’entrepreneurs, dans divers domaines.

Bcmedia.org : Pour le développement d’un pays, il faut forcement la contribution des filles et fils de ce pays. Quel message avez-vous à lancer à l’endroit  de nos concitoyens qui résident à l’étranger, plus particulièrement ceux des États Unis ?

Beaucoup de guinéens qui résident à l’étranger depuis 2011, ont commencé à rentrer en Guinée et le rythme s’accélère. Ça  veut dire que sur la base d’information qu’ils ont glané, sur la base des petits séjours qu’ils ont faits ici, ils recommencent à avoir confiance à leur pays. Ça veut dire que la Guinée veut devenir à nouveau attractive, d’abord pour ses propres ressortissants, qui sont à l’étranger, mais également pour d’autres personnes. Alors c’est le bon moment de se faire un plan de retour au pays. Nous avons organisé deux (2) éditions du salon de l’emploi  et de la formation en France, et cela a démontré l’intérêt que les guinéens ont pour leur pays. Je crois qu’ils doivent s’intéresser à la Guinée et se renseigner sur les différents projets qui se mettent en place et pouvoir y contribuer.

Merci Monsieur le Ministre.

Hassane Housseïne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Be the first to comment on "Guinée : Formation professionnelle, le Ministre Albert Damana Camara parle des mesures d’accompagnement du gouvernement."

Leave a comment

Your email address will not be published.


*